Cancer et alimentation

Selon l’Institut national de veille sanitaire (InVS), on estime à 320 000 le nombre de nouveaux cas de cancer en 2005 en France, 183 000 chez l’homme et 137 000 chez la femme. En 25 ans, ce chiffre a quasiment doublé : + 93 % chez l’homme et + 84 % chez la femme. Dans le même temps, le risque de mourir d’un cancer a baissé de 25 %. Pourquoi les cancers les plus agressifs (œsophage, estomac, ORL) ont chuté tandis que ceux ayant un meilleur pronostic (sein, prostate) ont augmenté ? Explications avancées : le vieillissement de la population, le développement du dépistage et de la prévention.

Le cancer dans le monde

A l’échelle mondiale, 25 millions de personnes sont aujourd’hui atteinte d’un cancer. Selon le dernier rapport du Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), le nombre de malades a doublé entre 1970 et 2000. En 2008, 12 millions de nouveaux cas de cancer ont été diagnostiqués, 7 millions de personnes sont décédées d’un cancer et 25 millions de personnes vivaient avec cette maladie. D’ici à 2030, il est estimé qu’il y aura plus de 26 millions de cas incidents de cancer chaque année.

Chez l’homme, en 2010, on estime à 203 100 le nombre de nouveaux diagnostics de cancer (incidence) en France métropolitaine. Ce chiffre est de 154 600 chez les femmes. En 2009, ces résultats étaient respectivement de 197 700 et 149 200 chez les hommes et les femmes. En 2010, le nombre de décès par cancer est estimé à 84 700 chez les hommes et 62 100 chez les femmes, contre 85 300 et 61 900 respectivement en 2009.

Cette année encore, avec 71 600 nouveaux cas, le cancer de la prostate reste de loin le cancer le plus fréquent chez l’homme, avant le cancer du poumon (26 900 cas) et le cancer colorectal (21 100 cas). En termes de mortalité, le cancer de la prostate (8 800 décès) se situe après le cancer du poumon (21 100 décès) et le cancer colorectal (9 200 décès).
Avec 52 600 nouveaux cas en 2010, le cancer du sein est le plus fréquent chez la femme avant le cancer colorectal (18 900 cas) et le cancer du poumon (10 000 cas). Le cancer du sein se situe en tête de la mortalité, avec 11 300 décès en 2010, mais le taux de mortalité diminue en France depuis près de 15 ans. Chez la femme, la situation concernant le cancer du poumon est toujours aussi préoccupante puisque incidence et mortalité sont en constante augmentation (7 700 décès en 2010).
Ces projections sont issues d’une modélisation statistique des données observées dans les registres de cancer jusqu’en 2005 ainsi que des données nationales de mortalité par cancer jusqu’en 2007 ; elles sont basées sur un scénario d’évolution privilégié, pour chaque type de cancer. Ce scénario a été retenu par un groupe d’épidémiologistes parmi trois scenarii possibles, basés sur la poursuite ou non des tendances les plus récemment observées.
Pour le cancer de la prostate, le scénario d’évolution retenu repose sur une hypothèse de stabilisation de l’évolution de l’incidence de ce cancer entre 2005 et 2010 alors que son augmentation était de 8,5 % par an entre 2000 et 2005. Cette augmentation de l’incidence est liée aux pratiques de dépistage par le dosage du PSA (antigène spécifique de la prostate) et l’hypothèse de stabilisation est issue du fait qu’une grande partie des cancers devrait être à présent diagnostiquée. Des résultats internationaux et des données de l’Assurance maladie confirment cette tendance à la stabilisation. L’hypothèse de stabilisation a également été retenue pour le cancer du sein dans l’éventualité d’un effet de la diminution de la prescription des traitements hormonaux substitutifs de la ménopause.

La publication de ces projections illustre la mise en œuvre des mesures du Plan Cancer 2 relatives à l’observation des cancers et au renforcement des registres existants (couvrant actuellement environ 20 % de la population) sans lesquels il serait impossible de publier de tels résultats en France. La France est le seul pays européen à fournir des estimations nationales pour l’année en cours. Les données de mortalité ont été fournies par le CépiDc de l’Inserm.

Alimentation et risque de cancer et de maladie– Résultats de la plus grande étude

Les règles diététiques préconisent de consommer des graisses avec modération et d’inclure dans notre alimentation beaucoup de fruits, de légumes et de céréales. Les récents résultats de la plus grande étude portant sur la modification du régime alimentaire jamais réalisée n’ont pas démontré les effets bénéfiques de telles recommandations par rapport au risque de développer un cancer ou une maladie cardiovasculaire (MCV). Ou bien est-ce le cas ? En réalité, les résultats de cette étude majeure nécessitent d’être interprétés avec beaucoup de précaution..

Le procès fait aux graisses et la valorisation des fruits et légumes

Les scientifiques ont longtemps suspecté qu’un haut niveau de graisses dans notre alimentation augmentait le risque de cancer du sein, leur raisonnement se basant sur les résultats d’études réalisées en laboratoire et l’observation de populations parmi lesquelles des groupes de personnes consommant moins de graisses développaient moins la maladie. D’autres types d’études, bien que moins concluantes, tendaient vers la même conclusion. De même, l’hypothèse selon laquelle un régime pauvre en graisses et riche en légumes, fruits et fibres protège du cancer colorectal est avancé. Les preuves restent cependant très minces.
Les graisses jouent très probablement un rôle négatif dans les maladies de cœur, mais les coupables sont les graisses saturées et les acides gras trans; les graisses insaturées et en particulier l’huile de poisson ayant des vertus protectrices.

A la recherche d’une réponse définitive

Malgré les nombreuses preuves d’une influence du régime alimentaire sur la survenue de cancers et de maladies cardiovasculaires, peu d’études établissent le lien de cause à effet. Pour obtenir des preuves probantes de celui-ci, la mise en place d’une étude d’intervention contrôlée semble la plus adaptée. Il s’agit d’une étude comparative dans laquelle un groupe dit « d’intervention » change de régime alimentaire et un groupe de référence qui lui, ne change rien à ses habitudes alimentaires (groupe de contrôle). Tous les effets observés sont imputables au changement de régime.

C’est pourquoi l’étude du Mouvement pour la Santé de la Femme (WHI) revêt une importance toute particulière. Cette étude contrôlée a été conduite auprès de 48 835 femmes âgées de 50 à 79 ans, suivies durant 8 ans. Le groupe d’intervention a participé à un programme intensif de modification du comportement. La consommation de graisses initiale du groupe représentait 38% des besoins énergétiques. La diminution de ces apports a été fixée à un quart de cette consommation, passant de 38% à 27-30%, et ce pendant au moins 6 ans. Ceci s’est également accompagné d’une augmentation modérée de la consommation de légumes, fruits et de céréales.

En y regardant de plus près

Les taux de cancer du sein, du colon et des maladies cardiovasculaires telles que maladies des artères coronaires (MAC) ou infarctus n’ont varié que très peu entre les deux groupes. Bien que les différences observées ne soient pas statistiquement significatives, il serait hâtif de conclure que l’alimentation n’a pas d’effet sur le développement de cancers ou de MCV.

Cancer

Dans l’ensemble, les résultats étaient cohérents avec les preuves précédentes, en l’occurrence les femmes qui consommaient beaucoup de graisse initialement et  qui ont diminué leur consommation, tout en respectant parallèlement la proportion recommandée en légumes, ont vu le risque développer certaines tumeurs de la poitrine diminuer. La réduction du risque de cancer du sein (réduction significative pour tous les participants du groupe d’intervention) est plus forte que celle du cancer du colon.

MCV

Une plus forte réduction du risque de MCV a été observée chez les femmes ayant le plus réduit leur consommation de graisses saturées. La conclusion de l’étude, en ce qui concerne le risque de MAC, doit être interprétée avec prudence étant donné que la modification du régime alimentaire dans l’étude ne reflète pas totalement les actuelles recommandations diététiques. Par exemple, aucune réduction des apports en graisses saturées avec maintien ou augmentation de la consommation de graisses bénéfiques n’a été testée. Cependant, les résultats renforcent le principe selon lequel un changement portant sur l’absorption de graisses qui entraine une baisse du taux de cholestérol LDL est bon pour le cœur.

Raisons possibles d’un effet limité

La modification du régime alimentaire réalisée dans cette étude est mesurable car celle-ci a conduit à diminuer d’un quart la consommation totale des graisses. Les effets observés sur certains types de cancer du sein et MVC seulement peuvent donc sembler modestes, voire décevants. Deux explications sont possibles, la première étant que la non-optimisation de l’absorption d’éléments nutritifs spécifiques (par exemple le type de graisses) pourrait s’avérer avoir des effets plus importants. La seconde pouvant être que les bénéfices d’un régime alimentaire pourraient se cumuler pendant toute une vie et/ou avoir plus d’impact lorsqu’il a lieu au cours de la première moitié de la vie.

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